Sentiment d'abandon et de maltraitance

Toutes les personnes que je traite viennent me voir pour des problèmes tellement différents et l’intérêt et la beauté de notre travail est bien là. Chaque séance, chaque personne est un chapitre nouveau qui s’écrit pour nous, nous fait avancer et surtout pour le patient qui ressort avec une vision et des perspectives nouvelles pour l’avenir parce qu’elles acceptent enfin de faire un travail sur elle.

Parfois et je dirai même souvent, mais pas toujours, ce sont des évènements très lointains qui sont là sans en avoir conscience. Parce qu’on est passé à autre chose. Des évènements non traités qui continuent à se balader dans le cerveau et comme une grenade prête à exploser.

Le point commun de toutes ces personnes est sans conteste la maltraitance et /ou l’abandon.

Je vais vous raconter une petite anecdote que j’ai vécu. Peu après la naissance de mon 2ème enfant, en revenant de faire des courses avec elle, sur le chemin du retour dans une campagne très profonde de la région parisienne... eh oui ça existe bien mais il faut chercher...un idiot m’a fait une queue de poisson sur la route. J’ai donné un grand coup de volant et j’ai vraiment cru que nous allions nous retrouver dans le décor toutes les 2. Ce brave monsieur, certainement content de son exploit ne s’est pas arrêté là. Il est sorti de son véhicule, m’a hurlé dessus et est reparti (je pense aujourd’hui qu’il avait dû passer une sale journée). Je n’ai absolument rien entendu de ses mots trop paniquée et surtout inquiète pour mon bébé.

Quand il est parti je suis sortie de la voiture, j’ai immédiatement pris ma fille dans mes bras pour la rassurer et me rassurer également. Nous sommes restées là un long moment je crois avant de rentrer.

J’ai continué ma petite vie tranquille mais prendre le volant était devenu une épreuve de chaque instant pendant des mois et puis tout est rentré dans l’ordre.

Quand nous avons déménagé à La Baule en 2003, je retrouvais enfin un environnement sécurisant pour mes enfants et moi et alors tout était « magique ». En 2006, les symptômes sont revenus. Il y eu des problèmes à gérer dans ma vie à titre personnel mais rien de grave en apparence.

Ma solution a été de fuir ce problème, j’ai trouvé pas mal de subterfuges pour éviter la voiture, les courses (ah oui j’oubliais, je n’arrivais plus à entrer dans un magasin sans faire une crise de panique)...Vive internet et la livraison à domicile. Voilà les solutions(pourries certes mais solutions quand même) que j’avais trouvé. Je ne savais pas comment gérer le problème et surtout j’avais honte d’en parler jusqu’à...

J’ai commencé à consulter mon thérapeute en 2011 et le bordel dans ma tête. Tellement de problème à régler que je ne savais même pas si mon thérapeute allait s’en sortir un jour. Moi non plus pas la même occasion. Il faut dire que j’avais consulté un psychiatre en 2010 qui ne m’a pas beaucoup aidé et le conseil qu’il m’avait donné était « d’attendre que tout rentre dans l’ordre ». Attendre ??? Mais non ! t’as entendu ce que je te dis ? je suis en pleine détresse. Moi je ne veux plus attendre ! je veux des solutions, autre que des médocs pour ne plus être guidée uniquement par mes peurs et mes angoisses. Je ne veux plus fuir la vie !!!

Après ce petit coup de gueule contre ce psychiatre, revenons à nos moutons et là il s’agit d’un sacré troupeau.

Concernant cette phobie de conduire, mon thérapeute me traite par l’EMDR.

Nous partons de ce fameux souvenir avec ma fille et mon cerveau fait son boulot. Durant les stimulations, une image. Une roue de vélo !!! Mais qu’est-ce que ça vient faire là ? laisser faire et ne pas chercher. Pour finir le jour où mon papa a eu un grave accident sur son lieu de travail où on nous apprend à mes frères et à moi qu’il est décédé. Merci les copains de colporter de fausses information. Mais je vais revenir dessus juste après.

Donc cette fameuse roue de vélo n’est pas arrivée là par hasard. À l’âge de 5 ans, je suis partie faire du vélo avec un copain le soir. C’était interdit bien entendu. Ma maman préparait le repas donc j’avais le temps (enfin je le pensais). Avec ce super pote, Cédric, nous faisions la course sur la route et comme je gagnais (une fille contre un garçon, même pas en rêve) il m’a alors dépassé, fait une queue de poisson et aïe... dans le fossé. Cédric a déguerpi comme une flèche.

Mon vélo était dans un triste état mais pas autant que celui de mon genou.

Comme j’avais désobéi à mes parents, je ne me suis évidemment pas vantée d’avoir mal et j’ai caché tant bien que mal (mais plutôt bien) le sang qui coulait le long de ma jambe.

Je ne desserrais pas la mâchoire mais c’était assez fréquent puisque manger n’était pas ma priorité, voire une corvée. Par contre, les larmes aux bords des yeux n’étaient pas dans mes habitudes. Donc à la première question de ma maman, j’ai dû tout avouer et montrer cette belle blessure. Une semaine sans aller en cours pour la guérison. Cool.

Vous voyez où je veux en venir ? Sentiment de maltraitance et d’abandon de la part de mon copain. J’avais confiance en lui et manifestement j’avais tort. Par contre, il a dévoilé un de ses talents cachés...pour fuir il était capable d’aller aussi vite que la vitesse de la lumière. Un vrai magicien (en fait je pense que lui aussi n’avait pas le droit de sortir si tard).

Mais ce serait trop simple si cet histoire s’arrêtait là. En continuant les stimulations mon père apparaît. Mais papa que viens-tu faire là toi aussi? Vous voulez le savoir ?

D’accord.

Quand j’avais 6 ans ( je sais ma vie est mouvementée) mon papa a eu un grave accident et est resté un long moment (tout est relatif, mais dans mon souvenir c’était sans fin) entre la vie et la mort. Quand on nous a annoncé son état, un oncle de mon père a voulu nous emmener chez lui avec sa femme pour que ma maman puisse passer le plus de temps possible au chevet de son mari et veiller sur lui à l’hôpital. Mais non, on ne sait pas si on pourra revoir notre papa en vie encore une fois. Le choc de l’annonce a été violent et en plus on veut nous séparer de la seule personne qui nous réconforte et nous rassure. Nous aime et nous protège en gros.

Là encore, sentiment de maltraitance et abandon, même si la proposition de cet oncle partait d’un très bon sentiment bien entendu, mais pour nous c’était juste impossible et cela a ajouté de la peur sur de la peur. Heureusement notre mère a refusé également d’être séparée de ses 3 petits poussins.

Ceci est un exemple parmi tant d’autres mais ces sentiments sont réellement à l’origine de nos peurs, de nos angoisses, de nos phobies. Blessures anciennes du passé mais tant que les cicatrices ne se referment pas elles restent présentes inconsciemment.

Tant que ce problème n’est pas traité, alors de façon sournoise il reviendra à un moment où à un autre et à un moment totalement inattendu et souvent sans rapport avec l’étape de la vie que vous avez à franchir.

En ce moment, je traite une jeune adolescente. Elle possède une intelligence que je pourrais qualifier de hors norme pour son âge. Elle est dotée d’une sensibilité très développée.

Lorsque je l’ai vu pour la première fois c’était pour des maux de tête inexpliqués, dus au stress. Très vite, ce stress s’est déplacé sur un événement vécu à l’âge de 6 ans qui a duré plusieurs semaines.

Elle a été victime par une camarade de classe de harcèlement et d’humiliation. Les scènes décrites étaient d’une extrême violence psychologique et de douleur. Un enfant et même un adulte n’est pas « formé » pour vivre ça. Mais le plus important sont les ressentis encore présents aujourd’hui. Elle me dit que pas une journée ne se passe sans qu’elle y repense. Les sentiments sont nombreux, la colère, la honte, l’indignation, d’injustice, et bien d’autres encore.

Durant les stimulations nous traitons chaque sentiment, chaque image et ce qui a été le plus long était encore un sentiment douloureux de maltraitance de cette camarade mais également un vif sentiment d’abandon de la part des adultes qui étaient là à regarder sans intervenir. Les professeurs et surveillants regardaient chaque jour cette enfant se faire martyriser, alors que leur rôle était surtout de la protéger. Elle a eu aussi le souvenir de regards fuyants et parfois de sourires de leur part.

Elle en veut également à ses parents qui la voyaient revenir de l’école chaque jour passant, les vêtements déchirés et les genoux et mains écorchés . Elle leur disait qu’elle tombait durant la récré mais elle m’a avoué avoir eu le souhait que ses parents découvrent ce qui se passait en réalité.

Dans le cas des agressions, quelles qu’elles soient, tous les professionnels s’accorderont à dire que les victimes sont plus traumatisées quand l’agresseur est une personne proche ou en qui elles sont censées avoir confiance parce qu’en temps normal ces personnes doivent protéger. Un parent, un professeur, un homme de foi, ou de loi, un médecin, un ami, etc.

Lorsqu’une personne se fait agresser, et j’ai traité le cas, pas plus tard qu’il y a un mois, par un inconnu alors le traumatisme bien que présent évidemment est moins « douloureux ». Il est bien évident que notre cerveau n’est pas préparé à cela, notre corps non plus.

Donc cette personne de 25 ans m’appelle en larmes. Elle me raconte brièvement avoir été agressée sur un parking la veille. Elle me dit que le soir même de son agression, elle est allée voir des amis et que sa soirée s’est très bien passée mais le matin alors qu’elle travaille, elle ressent des symptômes classiques d’une crise de panique. Je la reçois et commence à la traiter. Bien que le souvenir et le ressenti sont encore très vifs dans son esprit, le lien avec cet événement est rapidement coupé et à ce jour quand elle en parle plus aucune émotion n’est présente. Cependant, et c’est ce que je traite encore avec cette personne à ce jour, durant la thérapie des sentiments de colère, voire de rage surgissent et cette fois-ci contre un parent qui l’a élevée ( nous l’appellerons X), avec qui les relations sont tendues depuis sa plus tendre enfance. Elle me dit que depuis toujours, elle a vu cette personne addict et que cette addiction l’a obligé à s’occuper de X, de la maison... souvent au détriment de sa scolarité et surtout de sa vie d’adolescente où elle ne pouvait pas sortir, faire venir des amis chez elle. Je vous passe le reste de ses ressentis.

Que pensez-vous que cette jeune fille ressent à cet instant précis ? Durant la séance sur son agression, elle a vu le visage de X remplacer celui de l’agresseur. Elle m’a dit que depuis toute petite c’est elle qui la maltraite en fait. « Ce type n’a été qu’une circonstance malheureuse mais c’est juste la faute à pas de chance d’avoir été sur ce parking au moment que lui ». « Maintenant, il va être soigné pour ses troubles et ne fera plus de victime ». Par contre X fuit chaque fois qu’elle essaye de lui parler de ce qu’elle ressent. « Chaque fois que j’ai eu besoin d’elle, son état ne lui permettait pas de m’aider ou même de m’écouter. Je lui en veux de ne pas m’avoir aidée, je lui en veux de ne pas avoir été à même de prendre ses responsabilités de parent. »

Oui, elle ressent de la maltraitance de la part de X et bien entendu de l’abandon.

Aujourd’hui, elle a trouvé les mots pour lui parler et va entamer une thérapie également. Elle s’autorise à vivre loin de X sans culpabilité (ce qui la submergeait jusque-là). Elle vit pleinement sa vie amoureuse également. Vous me direz que c’est comme un conte de fées...tout est bien qui finit bien ?

Un peu oui mais grâce à un travail sur soi, au courage que cela demande d’entamer une thérapie. Grâce aussi à cette motivation à être heureux et construire sa vie en fonction de ses envie. Se créer des choix et non plus « vivre ou survivre » (comme disait Balavoine) en subissant sa vie. La vie ne doit pas être guidée par les peurs, les angoisses.

La thérapie est là pour vous aider à couper ces liens du passé. Et vous avez les capacités pour écrire un présent et un futur différent qui sera celui que vous avez imaginé sans jamais osé y croire. Vous pourrez ressentir cette fierté d’avoir pris la décision d’être bien avec vous-même et tout ce qui vous entoure. Je peux vous assurez que vous voyez la vie différemment. Sous un autre angle et avec de nouvelles perspectives. Et j’aimerai juste donner un petit conseil si vous me l’autorisez. Soutenez votre entourage même s’il s’agit d’un petit évènement pour vous mais qui peut avoir de lourdes conséquences dans l’avenir pour celui qui le vit.

Un petit exemple si vous le souhaitez. Quand mon frère était encore tout gamin, environ 4 ou 5 ans, il s’est coupé le doigt et je l’avoue une belle entaille, alors notre père, élevé à la dure lui a fait croire, pour rigoler, qu’il allait devoir aller à l’hôpital et se faire amputer de ce doigt. Bien entendu, mon frère a paniqué et nous comme des andouilles nous avons ri mais à 40 ans le souvenir est là et toujours douloureux. Personne n’a pensé que nous avions eu une attitude maltraitante envers lui mais le mal était fait . il ne s’agit pas toujours de gros traumatisme mais parfois de petits évènements sans conséquence en apparence.

On parle souvent de maltraitance physique. On a une vision de l’abandon aussi.

Le plus important est ce que l’on ressent dans chaque situation.

Non on ne peut pas effacer le passé mais on peut vivre différemment avec et envisager le présent et l’avenir avec un regard neuf.

Pour conclure je vous raconte une dernière histoire, celle de mon meilleur ami que je vais nommer A.

À l’âge de 19 ans, alors qu’il vivait avec sa maman et son beau-père, ce dernier est rentré à la maison. Mon ami a oublié d’enlever ses chaussures pour monter à l’étage et son beau-père est rentré dans une colère noire. A n’a pas compris sa réaction et le lui en a fait part. Il a ensuite attrapé A par le col et lui a mis un coup de poing en plein visage. La maman de A. a franchi le pas de la porte et il l’appelle au secours. Elle a prononcé simplement ces mots « prends tes affaires et va-t’en ». A. a cru qu’elle s’adressait à son mari mais pas du tout. Il a quitté la maison le jour même et le soir a dormi sur un banc public avant qu’un gendarme le recueille pour le déposer chez son père. Je vous laisse imaginer les sentiments qu’il a pu ressentir à cet instant et les jours suivants.

4 ans plus tard il décide d’entamer une thérapie qui a duré un certain temps puisque comme vous l’avez compris quand on touche un souvenir, un ressenti d’autres évènements peuvent se révéler, surgir. Il a revu sa maman et son beau-père. Leur relation est plus apaisée. Chacun d’entre eux s’est exprimé sur leur sentiment respectif même si le comportement des parents est toujours difficile à comprendre pour A. bien entendu.

Il est maintenant installé à Québec alors qu’il avait très peur de sortir de sa zone de confort qui se limitait à 20Km autour de chez lui. Il vit aujourd’hui son rêve sereinement et pleinement. Sa famille va le rejoindre pour les vacances dans quelques semaines.

Il a trouvé son équilibre et le courage de vivre ses rêves. Il possède des ressources insoupçonnées pour lui jusqu’à la thérapie.

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